ESSAI COMPARATIF : RENAULT CLIO RS TROPHY VS SEAT IBIZA CUPRA

Turbo VS. Turbo, traction vs. Traction. Française VS. Espagnole. Qui gagne ?

Pour avoir la réponse nous avons attrapé la dernière venue dans l’arène pour un duel sans pitié. Face à « notre » Clio RS, en version Trophy, s’il-vous- plaît, une Seat Ibiza Cupra s’immisce avec le statut de David face à Goliath. Certes, l’Espagnole affiche près de 30 étalons de moins que la célèbre Française, mais contre toutes les habitudes en offrant un moteur plus gros que sa devancière. En effet, dans sa toute dernière version, l’Ibiza Cupra dispose d’un bloc de 1,8l, et joue sur le couple, point faible de la sportive de Billancourt. Mais avant de miser sur l’une ou l’autre, faisons le tour des forces en présence.

Au premier coup d’œil il faut quelques secondes pour en deviner la couleur... Ou son absence. Car si la Clio RS Trophy dispose d’un bouclier élargi, de jupes descendantes et d’un diffuseur un peu musclé, la teinte noire de notre modèle d’essai enlève toute excitation, rendant la bête de 220 chevaux un peu trop discrète à notre goût. Mais ce n’est rien comparé à la Seat, qui se contente d’afficher un minuscule badge dans la calandre, et d’une mention « Cupra » sur la malle qui pourrait aussi bien être « diesel ». Le style espagnol « all-black » (peinture et jantes noires) se prolonge à l’intérieur, où les sièges en alcantara semblent se fondre dans les plastiques, heureusement de bonne facture, et l’ambiance à Ibiza est plutôt... allemande. Chez sa rivale, c’est tout de suite plus accueillant, avec des sièges baquets aux surpiqures rouges, mais surtout aux ceintures de sécurité écarlates ! Les touches sportives sont discrètes, mais visibles, tandis que le niveau de finition est loin des Renault nouvelle génération. Ce sentiment ne fait que s’accentuer lorsqu’on remarque que la clé est encore une des anciennes « cartes », et qu’une fente destinée à l’avaler est présente en bas du tableau de bord. Heureusement, ce n’est pas obligatoire.

l’ambiance à Ibiza est plutôt... allemande

Trêve de plaisanterie, il est temps d’allumer les moteurs, et voir ce que les petites puces survitaminées ont dans le ventre. Démarrage discret, comme ça se fait de plus en plus de nos jours, la faute aux sélecteurs de modes de conduite. Dès les premiers mètres, la différence est notable entre les deux modèles. La Seat bénéficie d’une souplesse exemplaire, avec un guidage de boîte court mais masculin. De son côté, la Renault nous aura déjà tassé quelques vertèbres avant même de passer la deuxième. Enfin, qu’elle l’ait passée, étant donné que la boîte est automatique et que les passages de rapports ont été accélérés par rapport à la Clio RS « normale ». En ville, l’Ibiza s’affiche beaucoup plus à son aise, avec plus de couple et un confort de roulage sans égal chez sa rivale. Mais si les deux bombinettes risquent de passer le clair de leur temps dans les villes, c’est pour se dégourdir les pattes qu’elles ont été conçues.

Dès que l’on sort de l’agglomération, on sent que la Clio rentre dans son élément. Le filtrage de suspension semble plus clément à haute vitesse, et le petit 1,6l peut alors compter sur sa puissance débordante pour décoller. Le mode « Sport » de celle-ci ne change pas énormément le comportement, mais affûte suffisamment la réponse à l’accélérateur que pour l’adopter presque définitivement, en gardant une certaine affection pour les hauts régimes. La gestion de boîte ne fait pas de miracles, avec une fâcheuse tendance à rétrograder au point de corde. Qu’à cela ne tienne, un mouvement de levier et voilà le contrôle des rapports au bout des doigts en permanence. Vraiment tout le temps ? Oui, il s’agit bien d’un véritable mode manuel, mais les palettes fixes s’avèrent trop courtes vers le bas, obligeant à bouger les mains du volant... Ce qui n’est pas très réjouissant, tant le cocktail direction-châssis affuté de la Trophy est attachant, et que chaque imperfection de nos routes belges entraîne un changement de cap. La tenue de route est irréprochable. La Clio vire à plat, repart comme une flèche du point de corde, mais la bande son n’est pas très mélodieuse de l’intérieur. Bruits de transmission et de turbo se font entendre, et masquent l’échappement un peu (trop) discret, même lorsqu’il pétarade. Mais on oublie tout cela lorsqu’on rentre dans un virage sur les freins, pas très puissants mais endurants, et que l’arrière-train se met à pivoter de manière prévisible, mais tellement amusante !

on oublie tout lorsqu’on rentre dans un virage sur les freins et que l'arrière se met à pivoter

À l’opposé, la Seat Ibiza Cupra se pose en force tranquille. L’allonge du 1,8l TSI se fait sentir dès 2.000tr/min, et faiblit quelque peu vers 5.000tr/min. Mais cela ne pose aucun problème pour l’emmener de manière dynamique, grâce à
un couple abondant et une boîte à l’étagement un peu long. Le confort de suspension est le bienvenu en campagne, et le roulis n’est pas trop marqué. Seule une plongée est à noter lors des freinages, et peut surprendre lorsqu’on
hausse le rythme. La touche « Sport », faussement illustrée d’un ressort de suspension (alors qu’elle ne change que la gestion moteur), réveille un peu l’échappement de l’Espagnole, et semble coupler une membrane de vibration au
sein de l’habitacle, au bénéfice d’une sonorité masculine, mais artificielle. Petite pause pour vérifier la bande son à l’air libre. Ah non, ça ne résonne qu’à l’intérieur. La conduite sportive se fait donc en confort, et sans brusquer la Seat. Point faible, la position de conduite reste trop haute, trop proche des Polo et Fabia « de base ». Face aux baquets de la Renault, il était difficile de rivaliser.

À l’issue du combat, on ne peut que relever les différences des deux participantes, tellement marquées, mais qui en font leurs points forts. S’il ne fallait en choisir qu’une, ce serait compliqué. Compliqué de choisir entre la tête et le coeur. La Seat Ibiza Cupra, de son côté, offre une souplesse exemplaire, un vrai confort et un niveau de finition digne de ses cousines allemandes, mais ne s’en distingue pas assez pour justifier son credo Auto Emocion. La Renault Clio RS Trophy, en revanche, est le parfait exemple de la sportive sans compromis « de poche ». Moteur explosif, comportement ultra-efficace et fun, mais clairement à bout d’arguments pour justifier un usage au quotidien, en passant du manque d’espace à l’intérieur à sa suspension trop cassante pour nos routes belges. Ajoutons le facteur prix, et la Clio dépasse largement sa comparse en frôlant les 30.000€.

Et si...

...on ne devait en prendre qu’une, ce serait le coeur qui l’emporterait, oubliant le tarif, et les petits défauts qui font son charme. Rien que le sourire que l’on attrape à la sortie d’un virage justifie les compromis.

Renault Clio RS TROPHY

Seat Ibiza Cupra

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